Et par essence, l’étranger n’est pas « comme nous ».
Ces dernières années et plus particulièrement depuis un an et demi j’ai eu l’occasion de me rendre dans des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Pakistan où je suis depuis 6 mois maintenant.

Venant d’Europe, je représente quelque chose de particulier. La plupart du temps, une terre qui attire pour sa (prétendue) stabilité économique, mais aussi, à mon étonnement l’image d’une terre « sans foi ni loi ». Les gens que j’ai croisés – sans généraliser oserais-je dire surtout les personnes n’ayant pas eu accès à l’instruction – ne s’imaginent pas qu’en Europe (et en Occident en général) nous aussi nous avons des valeurs, le sens de la famille, la solidarité envers les pauvres… Même si j’avoue que dans des cultures comme chez les Iraniens et leur « taroof », l’hospitalité et l’accueil de l’étranger ont une dimension bien au-delà de tout ce que je connais chez nous. Il n’en est pas moins vrai que certains s’imaginent que nous vivons dans la luxure, le non-respect de nos aînés… Des clichés à peu près aussi tenaces et proportionnels à l’incapacité en Europe – chez certains – à s´imaginer qu’on puisse avoir une apparence et un mode de vie qu’ils pensent « traditionnels » et que l’on puisse avoir une vie épanouie, active et ouverte sur le monde. Je n’échappe pas à cela évidemment.

En parlant d’Iran, voici une petite anecdote datant d’avril dernier. Dans le bus en direction d’Ispahan, le « steward » fait une annonce en farsi, quelque chose qui semble important. Face à nos regards interrogateurs, notre voisine, une femme de 45 ans nous interpelle gentiment et nous explique dans un anglais très British, ce qui vient d’être dit. En Iran, beaucoup parlent (très bien) Anglais et il n’est pas rare de tomber sur des Iraniens Francophones qui avaient fait leurs études à Paris avant la révolution. Mais cette fois là j’ai été surprise par cet Anglais si parfait. La raison ? Le tchador dans lequel était drapé cette Iranienne. Quoiqu’on nous montre dans les media, il y relativement peu de femmes en tchador en Iran, sauf dans les villes de pèlerinage Chiite, comme Mashhad. Je me suis sentie idiote de mon étonnement. Je suis pourtant quelqu’un d’ouvert ! (Voilà pourquoi je me méfie des gens « tolérants » !). En discutant un peu plus avec elle, j’ai appris qu’elle avait étudié la littérature Anglaise à Londres, qu’elle y avait enseigné quelques années avant de revenir en Iran pour faire bénéficier son pays et ses concitoyens de cette expérience. Elle transmet à présent sa passion de la langue et de la littérature Anglaises à ses étudiants.

Découvrir mes zones d’ombre, et être confrontée à mes propres préjugés. Voilà pourquoi j’aime « sortir de chez moi ».